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5 avril 2016 / *Marion*

Entretien avec Charles Redfern, Fish4ever: « nous devons penser, aimer et valoriser la nourriture que nous mangeons »

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L’équipe de à l’occasion de discours, actions et soutiens en faveur de la

Pour la marque anglaise Fish4ever, la pêche ne peut se concevoir que si elle est durable, dans un souci d’éthique autant que de qualité. Et, comme nous l’a expliqué Charles Redfern, la marque possède une approche de la pêche durable bien à elle, qui implique des méthodes de pêche les moins industrielles possibles, mais pas que. Pratiquer la pêche durable, c’est aussi adopter une philosophie d’entreprise différente de celle des industriels : relations avec les salariés, engagements associatifs…

Fish4ever, une logique d’échanges équitables

Marion : Pour vous, la pêche durable passe par un salaire et des prix équitables, concrètement comment cela se manifeste-t-il pour vos salariés ? Est-ce à dire que vous appliquez les principes du commerce équitable ?

Fish4ever : Il faut préciser que nous ne possédons pas nous-mêmes de bateaux ou usines. Il y a 8 ans, nous avons pris contact avec l’organisation principale de commerce équitable « Fair Trade Foundation » (équivalent de Max Havelaar) pour voir s’ils pouvaient créer un standard pour le .  Nous avons même eu des discussions à un niveau politique aux Maldives, mais au final elles n’ont rien donné.  L’année dernière, nous avons à nouveau lancé cette idée au Sénégal, et avons même employé un chercheur marin pour prospecter sur ce concept de standard pour le , mais même à ce moment-là, nous n’étions pas sûrs de ce qu’est le Commerce Equitable avec un grand C et un grand E.

Payons-nous plus nos fournisseurs ? Considère-t-on que « plus » est un prix fixé ou un pourcentage lié au marché ? Si le prix payé aux fournisseurs est fixe, nous n’aurons pas de poisson, s’il se situe en dessous du prix du marché.   Et si c’est un pourcentage plus élevé ?  A vrai dire, nous payons déjà un prix plus élevé que celui du marché en nous assurant que tout soit fait de la meilleure manière possible.  Bien sûr, nous pourrions investir dans la communauté de pêcheurs, mais nous sommes déjà engagés auprès d’associations œuvrant pour la pêche durable et le développement économique. Par ailleurs, le Commerce Equitable est parfois critiqué pour des coûts centraux élevés.

Pour finir, je pense que nous nous plaçons déjà dans une logique d’échanges équitables. Premièrement, nous ne sommes pas un acheteur dominant, or le petit business est, par essence, démocratique. Par ailleurs, tous nos fabricants répondent aux standards européens ou équivalents. Nous nous assurons également que les conditions de travail sur les bateaux ne soient pas bonnes uniquement sur le papier mais aussi dans les faits, en choisissant drastiquement nos partenaires et la juridiction dont ils relèvent. La Thaïlande, par exemple, est un producteur massif de thon. Or, nous ne faisons pas affaire avec ce pays, car nous savons que les conditions de travail y sont vraiment mauvaises. De fait, même si nous avions en notre possession des documents et des inspections indépendantes, nous serions trop prudents pour nous risquer à acheter là-bas.

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Un petit bateau pêchant du thon dans les Açores. La plupart des bateaux de pêche sont plus gros, mais Fish4ever s’est promis d’acheter même aux plus petits bateaux afin de contribuer à soutenir leur mode de vie, appliquant naturellement les principes du commerce équitable.

« L’état d’esprit de Fish4ever est bio »

Marion : Plus largement, Fish4ever fait partie de l’entreprise « Organico Realfoods », pouvez-vous nous en dire plus sur la philosophie de cette entreprise ?

Fish4ever : Organico est le nom d’une marque sœur de produit méditerranéenne (pâtes, riz, sauces, tous certifiés biologiques bien sûr), dont la philosophie est assez similaire : nous préférons les producteurs qui travaillent de la manière la plus artisanale possible, et nous travaillons avec des fournisseurs qui sont non seulement propriétaires de leurs usines, mais aussi cultivateurs. Pour prendre l’exemple des pâtes, nos producteurs cultivent aussi le blé qu’ils mettent dans leurs pâtes.

Marion : Au-delà des garanties apportées en termes de protection de l’environnement et de responsabilité sociétale, faire partie de cette famille témoigne-t-il d’une certaine philosophie d’entreprise ?

Fish4ever : En tant qu’entreprise, nous avons trois marques dont les produits sont 100% biologiques. Comme vous le savez, le poisson de Fish4ever est sauvage, et non d’élevage. Or, la définition même du mode de production biologique concerne un système d’agriculture.   En revanche, l’état d’esprit de Fish4ever est « bio », tous les ingrédients ajoutés, tel que l’huiles, sont bio aussi.   Nous essayons de travailler avec les organisations qui ont le même état d’esprit. Ainsi, notre banque, Triodos, est totalement éthique, et notre fournisseur d’électricité est l’un des leaders des énergies renouvelables au Royaume-Uni.

« Nous devons être conscients, et devenir actifs »

Marion : Votre engagement en faveur de la préservation de l’écosystème marin ne se limite pas à vos méthodes de pêche, puisque vous soutenez diverses associations dédiées (Greenpeace, Slow foods…), et menez en parallèle vos propres campagnes de sensibilisation du grand public. En quoi une prise de conscience collective vous paraît-elle fondamentale ?

Fish4ever :   nous ne soutenons pas Greenpeace en tant que telle, d’ailleurs ils n’aiment pas du tout que nous utilisions leur logo ! Ceci dit, ils nous ont donné une note de 89% pour notre offre de thon, et nommé « leader mondial dans l’approvisionnement éthique et responsable du thon ». Ils ont même fait une vidéo sur Fish4ever (1). Mais Greenpeace n’aime pas voir son nom associé à des compagnies ou marques.  Nous nous rencontrons, nous connaissons certains des travailleurs et scientifiques de Greenpeace qui se consacrent à la pêche. Nous utilisons leurs ressources, et les consultons afin d’avoir leur avis. Cela a été le cas par exemple quand nous avons fait notre propre campagne sur le thon en 2008.

Nous avons également beaucoup travaillé avec « Slow Food » (2) et « Slow Fish » (3).   Nous aimons beaucoup la façon dont ce mouvement s’axe sur le petit producteur et l’idée de provenance et d’authenticité : nous devons penser,  aimer et valoriser la nourriture que nous mangeons, de manière à valoriser la manière dont elle est produite, et la personne qui la produit.

Par ailleurs, nous faisons partie des membres fondateurs (d’ailleurs, nous étions la seule entreprise à but lucratif à y prendre part !) de la « Sustainable Fish Cities » (4) à Londres, un initiative au Royaume-Uni visant à inciter les institutions publiques à s’approvisionner en nourriture issue de la pêche durable pour établir leurs menus. C’est un engagement qu’ont pris notamment des Jeux Olympiques de Londres en 2012, et plus récemment ceux de Rio.

Mon association favorite, d’ailleurs j’ai roulé à vélo de Londres à Paris pour elle (et je le referai en mai, juste pour moi cette fois-ci), est la « Environmental Justice Foundation » (5), une petite association qui fait un travail fantastique sur la pêche illégale et le travail forcé sur les bateaux.

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Le bateau « Environmental Justice Foundation » aidé par Fish4Ever pour récolter des fonds des communautés locales pour enregistrer et contrôler la pêche illégale en Afrique de l’Ouest

Nous sommes également membres de la « International Pole and Line Federation » (6) (littéralement, Fédération Internationale de la Pêche à la Canne), et c’est important pour contrer les bateaux industriels, qui tentent de promouvoir leur version de la pêche durable.

Au fil du temps, nous nous engageons dans beaucoup d’autres associations. Ainsi, récemment, nous avons supporté une équipe composée uniquement de femmes qui traversait l’Atlantique afin d’analyser la charge chimique dans leur corps et les déchets toxiques dans l’Océan.

Je suis totalement d’accord avec le fait que nous devons être conscients, et devenir actifs. Cependant, l’on ne peut pas forcément être actif en tous temps, ou sur tout : sans donner dans le cynisme brutal, nous devons être indulgents envers nous-mêmes, l’acte de consommation, à notre époque, est tellement complexe et difficile, et nous devons savoir faire la balance entre notre rôle en tant que citoyen et notre rôle en tant que consommateur. C’est la raison pour laquelle je souhaite que notre marque soit vendue dans les boutiques biologiques françaises, puisque c’est l’endroit où le concept de citoyenneté semble entre le mieux compris, ou au moins le mieux mis en œuvre.

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Le stand de Fish4ever au salon Marjolaine à Paris, en novembre 2015.

Marion : Pour finir, très concrètement, en quoi la pratique d’une pêche durable a-t-elle une incidence sur le goût des produits que vous proposez à la vente ?

Fish4ever : C’est une très bonne question. On parle trop souvent de pêche durable uniquement. Mais ce sont exactement les mêmes facteurs qui déterminent notre approche de la pêche durable et notre approche de la qualité. Les deux vont de pair : petits bateaux, pêche respectueuse, petites distances, production artisanale avec beaucoup de travail à la main, ne pas penser uniquement au prix, utiliser des ingrédients ajoutés de bonne qualité (huiles, sauces…). C’est l’ensemble de ces éléments qui rend notre produit vraiment bon en termes de goût.

Au salon Marjolaine, auquel nous avons participé, j’étais vraiment inquiet de l’accueil qui nous serait réservé, en tant que marque anglaise, par les consommateurs français.  Mais cela a été l’exact opposé : nous avons vendu beaucoup de produits ! Les consommateurs ont été séduits par nos maquereaux en sauce, ils ont adoré notre thon haut de gamme et cocktail de fruits de mer en bocal, nos filets d’anchois salés…Au final, la majorité a même préféré notre thon listao, moins sec, au thon blanc !

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Envie de goûter les produits Fish4Ever ? Rendez-vous ICI : http://www.greenweez.com/fish4ever-m12656

Un grand merci à Charles Redfern, Fish4Ever, pour cet échange passionné et passionnant ! Pour ma part, il me tarde de goûter ces produits…

Et vous, avez-vous déjà succombé à la tentation ?

 

Vous maîtrisez la langue de Shakespeare, et avez envie d’en savoir plus sur l’engagement associatif de Fish4Ever ? Retrouvez toutes les informations utiles ici :

(1) Pour voir la vidéo de Greenpeace sur Fish4Ever, c’est par ici :

 https://www.youtube.com/watch?v=HP6rYThJWUg

(2) Slow Food : http://www.slowfood.com/

(3) Campagne Slow Fish (en français): http://slowfood.com/slowfish/welcome_fr.lasso

(4) Sustainable Fish Cities : http://www.sustainweb.org/sustainablefishcity/

(5) Environmental Justice Foundation : http://ejfoundation.org/

(6) International Pole And Line Federation : http://ipnlf.org/

Photographies: Fish4ever

2 Commentaires

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  1. Hélène / Juil 28 2016

    Très intéressant comme interview. J’ai hâte de gouter leurs produits!

    • *Marion* / Juil 28 2016

      Tu ne seras pas déçue, la différence avec les produits plus industriels est incroyable…

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