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18 novembre 2008 / SP

Interview Planète Urgence

Pour la première interview, nous avons choisi de rencontrer Planète Urgence.


Pour la première interview, nous avons choisi de rencontrer Planète Urgence. Connus notamment pour leurs programmes de reforestation, il nous a paru intéressant de creuser un peu et de voir ce qu’il y avait derrière et autour de tels programmes… Nous avons donc interrogé Hervé Dubois, Directeur général de Planète Urgence.

Pourquoi avoir créé Planète Urgence? Votre rôle a-t-il évolué au fil des années?

Avant de créer la « marque » Planète Urgence, l’idée d’origine était le Congé solidaire. C’est une idée qui date un peu, des années 90, et qui a été mise en application vers les années 99-2000. Le Congé solidaire est un dispositif qui vise une contribution tripartite entre une entreprise, son salarié, et une ONG. Le salarié est avant tout un citoyen ordinaire, qui veut être acteur et non plus que donateur. Il veut être présent sur le terrain. Ce salarié va donner son temps libre et ses compétences. Son employeur, l’entreprise, va financer les frais d’expatriation, dans le cadre d’une démarche développement durable, d’une politique de responsabilité sociétale ou de mécénat. Troisième contributeur, une ONG, en l’occurrence « Congé solidaire », qui est devenue en 2003 Planète Urgence. Elle a pour vocation d’organiser ces missions de courte durée, dans un format un peu inédit, en faveur des populations locales. A partir de 2002, nous avons intégré des missions de protection de l’environnement, d’où la naissance de Planète Urgence. Dans le cadre du Congé solidaire, nous avions compris qu’il ne fallait pas dissocier le développement économique des populations du sud et l’environnement, puisque dans les pays les plus fragiles de cette planète, les gens dépendent surtout de leur environnement. S’ils ne peuvent plus vivre dans leur lieu d’origine, ils sont obligés de migrer. S’ils migrent et se déplacent dans le pays, ils deviennent soit réfugiés, soit déplacés, et ils ont besoin d’assistance. Ils ne sont plus acteurs de l’économie locale. Donc on a compris qu’il fallait à la fois travailler sur le renforcement des capacités des acteurs du sud, en envoyant nos citoyens donner un coup de main sur place, et également préserver l’environnement de ces populations.

Voilà la naissance du Congé solidaire, et puis la 2ème naissance en 2003 en y intégrant cette dimension environnement. Il était souhaitable de changer de nom parce que le Congé solidaire ne véhiculait ni la notion d’environnement ni le côté international. Nous avons choisi de nous appeler Planète Urgence parce qu’il était urgent d’intervenir sur la préservation de la biodiversité au bénéfice des populations.

Comment concrétisez-vous cela sur le terrain ?

Planète Urgence a 3 axes d’intervention :

Le premier, le Congé solidaire. Là encore il y a 3 axes : – renforcement des capacités, c’est-à-dire que l’on envoie des gestionnaires, des comptables, etc, pour donner un coup de main sur le terrain – deuxième axe, c’est travailler sur les générations futures, dans les écoles. Nous essayons de rehausser le niveau d’anglais ou de français des enfants, uniquement par l’activité ludique, éducative, en accompagnement du maître de classe – enfin il y a l’éco-volontariat : les gens partent pour aider les gestionnaires de Parcs, les groupements de recherche, etc. à préserver la biodiversité, en faisant des tâches assez factuelles d’observation, de comptage, d’enregistrement de données,…

Deuxième grand axe d’intervention de Planète Urgence, c’est la lutte contre le changement climatique. Nous avons deux types de programme : – le premier programme, le programme emblématique, c’est la reforestation, et c’est là-dessus que nous communiquons actuellement – ensuite, ce sont les projets complémentaires, ce que l’on appelle les projets énergétiques : rien ne servirait de planter un arbre si à côté on en laisse couper deux ! Donc il faut sensibiliser, accompagner les populations pour la préservation des forêts, et leur proposer des solutions. Si vous leur dites « ne coupez pas des arbres » mais qu’à côté vous ne les aidez pas à aller vers d’autres technologies qui leur permettent d’économiser ces arbres-là, évidemment ils ne le font pas !

Enfin, le troisième grand axe, c’est notre action en France de sensibilisation du grand public aux problématiques du développement et de l’environnement. Elle passe par deux outils : – notre ligne éditoriale hebdomadaire qui s’appelle « Infos de la planète », diffusée à 45 000 adhérents qui reçoivent des informations venant du monde entier : des articles venant du terrain, qui ne sont pas diffusés dans la presse traditionnelle, sélectionnés, traduits et diffusés. – nous avons aussi le réseau des anciens volontaires : après leur mission, on donne mandat à ces anciens volontaires pour aller en notre nom faire des interventions dans les écoles, dans les mairies, dans les entreprises. Ils parlent de Planète Urgence, mais aussi des problématiques de développement,…

Voilà les trois axes d’intervention de Planète Urgence, qui sont évidemment complètement imbriqués… Il y a du travail !

Est-il possible de connaître l’impact des programmes de reforestation ? Quel type de suivi mettez-vous en place ?

Tout d’abord, il est important de souligner que nous abordons la problématique de la reforestation d’un point de vue économique, et non écologique. Evidemment, c’est écologique, mais malgré les apparences c’est un peu secondaire pour nous, parce qu’un programme écologique n’a aucune chance de survivre s’il n’est pas avant tout économique. Il faut pouvoir encourager les populations à vivre des arbres, ou de la culture autour des arbres, sinon ils n’auront pas d’intérêt à le faire. Quand ils ont complètement massacré les forêts, c’est parce qu’ils y avaient un intérêt économique. Si aujourd’hui on leur dit qu’ils ont un intérêt à reconstituer les forêts ou à préserver celles qu’ils ont, si on leur montre comment faire, et si on leur dit que collectivement, sur cette planète (même si ce n’est pas leur priorité et on peut le comprendre), nous avons tous intérêt à préserver nos forêts, ça peut fonctionner ! Notre approche de la reforestation et de la lutte contre la déforestation est économique, tout en ayant des vertus écologiques.

Nous avons deux chantiers majeurs de reforestation, en Indonésie et au Mali, et un troisième qui se monte à Madagascar. Nous avons des sollicitations pour le Maghreb, au Maroc, à horizon 2010… Chaque chantier a été choisi en fonction de plusieurs critères dont notre capacité à agir sur le terrain et des spécificités locales.

L’Indonésie, zone plutôt humide, n’a pas vraiment de problèmes d’eau, il est plutôt facile de planter. Mais ils ont un gros problème de déforestation depuis longtemps. Cela a été fait par de grandes compagnies internationales, donc à grands coups de bulldozers! Elles ont détruit la forêt primaire, mais aussi, et c’est l’objet de notre travail là-bas, les mangroves. Nous avons décidé de reconstituer les mangroves détruites, de compléter et regarnir celles qui sont encore existantes, à la fois parce qu’elles ont des vertus écologiques pour la séquestration du CO2 qui sont intéressantes, mais aussi parce qu’elles ont des vertus économiques très prometteuses, notamment par la régénération de l’aquaculture (des écrevisses, etc). On sait très bien que quand on régénère les mangroves, une partie de la population comme les agriculteurs et les pêcheurs peuvent en vivre, et ce à très court terme. C’est pourquoi nous avons souhaité mettre en place ce programme. Les mangroves ont un impact évidemment sur la protection des rivages… Même si je n’aime pas trop utiliser cet argument, il est vrai que si l’Indonésie avait laissé ses mangroves comme il y a vingt ou trente ans, le tsunami aurait eu beaucoup moins d’impact, les vagues se seraient d’abord écrasées sur les mangroves avant d’atteindre les côtes. Ce sont les experts qui le disent !

Au Mali, nous avons choisi d’intervenir dans la zone sahélienne, parce qu’il est difficile de planter des arbres là-bas. C’est un chantier moins important qu’en Indonésie où nous avons prévu de planter 5 millions d’arbres d’ici 2012. Au Mali, nous avons prévu de planter 1 million d’arbres d’ici fin 2010. Ce programme sera probablement reconduit si le bilan est positif. Là, ce n’est plus un grand chantier international. Il s’agit de confier des parcelles familiales d’un hectare, où les familles ont intérêt à s’engager. Nous avons un modèle que l’on reproduit famille par famille. Ce sont pour la plupart des agriculteurs auxquels, en plus de leur champ de mil ou de sorgho, sont octroyés un hectare supplémentaire pour la reforestation. Dans ce champ-là, ils doivent planter différentes espèces d’arbres, des espèces pour le bois, mais également des espèces fourragères, maraîchères, et fruitières, de façon à ce que chaque type de plant donne de la production et des recettes tout au long de l’année. Si une famille voit que, au bout de 3 mois, sa culture maraîchère lui permet de compléter ses revenus, elle continuera. Si au bout d’un an, elle peut grâce à la culture fourragère avoir encore plus de revenus, elle continuera. Si au bout de 4 ans elle peut avoir des revenus de bois, qui se vend évidemment très cher, elle continuera, et ainsi de suite. C’est la même chose avec les arbres fruitiers : une fois que vous avez planté des manguiers ou des goyaviers, vous en avez pour 50 ans ! C’est un investissement utile. Nous y sensibilisons les populations et c’est bien reçu, mais il y a un problème d’accès à l’eau. On travaille avec les populations, les autorités communautaires et traditionnelles, pour creuser et consolider les puits de façon à ce que les gens puissent arroser. Nous faisons aussi des tests, notamment sur le goutte à goutte. On essaye d’améliorer les techniques d’arrosage pour préserver au maximum les nappes d’eau.

Troisième chantier ce sera Madagascar. Nous avons un chantier de 10 hectares qui s’annonce. On va essayer de planter entre 10 et 20 000 arbres pour commencer. Là nous rencontrons un problème foncier. Madagascar a été une zone extrêmement déforestée, et elle continue de l’être. Nous devons donc faire un effort important de sensibilisation mais également proposer des solutions.

Nous avons choisi de communiquer beaucoup sur la reforestation, parce qu’il faut que les gens soient intéressés, et planter un arbre est quelque chose qui se comprend facilement ! Ce n’est pas coûteux, puisque 1 arbre = 1 euro. Même quelqu’un qui n’a pas beaucoup d’argent peut se dire « je plante un arbre cette année, je ne peux pas faire plus, mais je plante ». Derrière, on peut greffer plein d’opérations symboliques : 1 euro 1 arbre, 1 achat 1 arbre, …

Sur 1 euro et pendant 4 ans, l’arbre lui-même coûte en réalité 50 centimes d’euros. On achète le plant, on prépare les sols, on plante l’arbre, on l’arrose, on le protège, et on le suit pendant quatre ans. Ce n’est pas cher. Pourquoi ? D’une part on travaille dans les pays du sud donc le coût de la vie est moins cher, et deuxièmement, on demande la participation des communautés ou des bénéficiaires. Il est hors de question que nous achetions des terrains, ou que nous préparions nous-mêmes les terrains en payant des gens pour le faire. Les gens le font eux-mêmes. Donc finalement cet arbre est co-financé par les communautés et les bénéficiaires. Nous voulons que les gens s’investissent, parce que quand les gens investissent de la force de travail, du temps, ça leur appartient, ils se l’approprient. C’est comme pour le Congé solidaire, on n’aide que ceux qui portent leur projet, sinon ça ne peut pas fonctionner. C’est une démarche d’accompagnement plus que de substitution. C’est pour cela que l’arbre ne coûte que 50 centimes d’euro. Et le propriétaire a intérêt à l’arroser pendant quatre ans, parce que c’est le temps pour qu’il atteigne une maturité qui le protège contre les animaux, les parasites, etc. Avant il reste vulnérable. D’ailleurs nous suivons les chantiers sur 4 ans, au minimum. Au Mali, le programme est prévu pour la période 2006-2010. En Indonésie le chantier durera au moins 5 ans. Pour les 50 centimes restant, il faut compter un peu de frais administratifs et de coordination, mais nous avons aussi deux autres postes. Tout d’abord, un poste de communication et d’information ici et là-bas. Ici pour pouvoir financer les projets, et là-bas il faut sensibiliser les populations locales pour leur montrer l’intérêt de reforester et de protéger les arbres. Ensuite, troisième poste sur ces 50 centimes, qui représente entre 15 et 25 centimes, c’est le financement de projets énergétiques : fours solaires, foyers améliorés, petits barrages,… Cela permet de moins déforester.

Quand on plante un arbre pour 1€, il y a l’arbre, et tout ce qui va avec. Ce n’est pas dissociable !

Avez-vous un dernier message pour les internautes qui lisent cette interview ?

Les gens ont envie d’aller vers une consommation plus durable, plus responsable. On le sent bien, c’est dans l’air du temps. Il nous manquait ces espaces d’achats verts, ces interfaces comme greenweez qui à la fois mettent en valeur des entreprises qui font des efforts pour produire plus durablement, et sensibilisent le consommateur. C’est important. Au-delà d’acheter, il faut comprendre. Et quand on comprend, on agit durablement…

Planète Urgence fait partie des associations soutenues par Greenweez. Pour en savoir plus : http://www.greenweez.com/ethique.ht… et http://www.greenweez.com/les-associ…

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